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La dessinatrice vaudoise, 18e artiste « en résidence » du programme culturel Dans le miroir de Magellan, livre les premières illustrations de son séjour à bord entre le Cap-Vert et les Açores, en mai 2019. On y retrouve son goût pour le noir et blanc et un trait épuré qui n’en fait que plus spontanément et magistralement jaillir l’émotion des choses vues: paysages, personnages, objets du bord ou même ces poissons que l'on sent presqu'encore frétillant sous nos yeux. Sublime!
Tandis qu’Anne Bory reprend contact avec la terre ferme, une 19e artiste lui a succédé à bord de Fleur de Passion pour la traversée des Açores à Vigo, en Espagne: Kati Rickenbach, établie à Zurich.

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L’expédition a reçu début juin 2019 l’agrément officiel de la Commission du gouvernement espagnol en charge des célébrations du premier tour du monde. Elle fait désormais partie du programme des festivités organisées non seulement à Séville mais à l’échelle nationale et même internationale par l’Espagne depuis cette année et jusqu’en 2022, qui marquera le 500e anniversaire du retour à Séville des survivants de l’expédition de Magellan. Beau signe de reconnaissance pour The Ocean Mapping Expedition, qui peut désormais s’enorgueillir d’arborer le logo officiel des célébrations sur ses outils de communication.

Pour en savoir plus sur les célébrations organisées sous l’égide de la Commission: www.vcentenario.es

En ce début mai 2019, nous nous trouvons au milieu de l’océan Atlantique sur la route qui monte en ligne droite du Cap Vert en direction des Açores. Depuis déjà une semaine et notre départ de Mindelo, nous ne sommes plus entourés que par du bleu. En date du 6 mai, nous nous trouvons à la position 29º21.40’N – 31º47.57’W. Après plusieurs jours accompagnés de vent et de vagues, il n’y a plus ce jour ni vent ni même courant. L’océan ressemble presque à un lac. Des conditions parfaites pour un échantillonnage dans le cadre du programme Micromégas en partenariat avec l’association Oceaneye à Genève. D’autant qu’à la surface, si l’on peut observer des accumulations d’algues de type Sargassum, nous pouvons constater aussi des plastiques qui flottent partout. Il semble que cette zone présente une accumulation particulièrement élevée de débris. Pour confirmer cela, il faudra toutefois attendre les résultats des analyses.

L’équipage se prépare donc à la séquence de prélèvement : Fleur de Passion ralentit sa vitesse à moins de 5 nœuds; le « mandat trawl" est préparé, son lock mis en place pour calculer la distance parcourue; la « chaussette » est fixée à l’extrémité du filet pour collecter les micro-plastiques; puis le manta est jeté à l’eau et traîné une demi-heure durant. Il ne s’agit pas d’un échantillon quelconque, mais bien du 200ème depuis que l’expédition a commencé. Tout un symbole! Nous remontons le filet et pouvons déjà y observer des plastiques de couleur qui n’ont hélas rien à voir avec de quelconques éléments organiques.

Nous procédons à un second échantillonnage - de 10 minutes cette fois - qui ne servira pas à l’analyse mais nous permet d’observer son contenu au moyen de la loupe binoculaire du bord: microplastiques et organismes planctoniques que l’on peut trouver dans cette zone. Anne Bory, la dessinatrice à bord, en profite pour dessiner les créatures planctoniques : des larves de poissons, des escargots violets, des crevettes bizarres et, aussi, les fameux micro-plastiques. 

La zone que nous traversons est identifiée comme une zone d’accumulation de débris, une des îles de plastiques qui existent dans l’Atlantique. Pendant la durée de la navigation dans cette aire, nous faisons plusieurs autres échantillonnages pour les regarder à la loupe. Ces observations (voir les photos) indiquent que la concentration de plastiques d’une taille entre 1mm et 5mm est très élevée. Ceux-ci se présentent avant tout sous forme de fibres de plastiques et de petits morceaux durs. Au final, l’ensemble des cinq échantillons réalisés au cours de cette traversée contiennent des micro-plastiques.

Depuis le début de l’expédition en avril 2015, plus de 90% des prélèvements effectués dans le cadre du programme Micromégas contenaient des particules micro ou méso-plastique « dans les dimensions analysées », comme le soulignent les biologistes d’Oceaneye. Pas étonnant en conséquence de continuer à trouver autant de débris au milieu de l’océan Atlantique à l’heure de la remontée vers les Açores puis Séville. Car les flux de production de plastique et donc de pollution, eux, n’ont pas franchement baissé depuis quatre ans et suivent au contraire des courbes ascendantes qui ont de quoi nous inquiéter.

La problématique de la pollution micro-plastiques en mer est connue et tend à être de plus en plus médiatisée. Malgré cela, sans de profonds changements dans nos habitudes, cette pollution va se poursuivre et empirer. Car chaque déchet de plastique qui finit dans les eaux aujourd’hui est voué à se fragmenter en micro particules puis en nano-particules qui jamais ne se dissolvent. Faisant peser un risque toujours plus grand pour la santé des océans. Et de la nôtre au final.

Le programme Micromégas sur la pollution méso et micro-plastique, mené dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition en partenariat avec l’association Oceaneye, révèle que plus de 90% des échantillons d’eau de surface analysés à ce jour contiennent des particules plastiques dans les dimensions mesurées, avec une pollution moyenne record de 551 g/km2 en Asie du Sud-Est.

De Séville à Dakar, 194 échantillons d’eau de surface ont été prélevés par l’équipage. Et sur les 187 échantillons analysés par les biologistes de l’ONG genevoise, il s’avère que 91% contiennent des polymères plastiques dans les dimensions analysées, soit de 1.0 à 5.0 mm pour les micro-plastiques et supérieures à 5.0 mm pour les méso-plastiques. Tels sont les chiffres qui ont été ptésentés aux média lors de la conférence de presse organisée par la Fondation Pacifique le 2 avril 2019 dans la capitale sénégalaise, où l'expédition a fait escale du 28 mars au 8 avril.

« Toutes les régions traversées par The Ocean Mapping Expédition sont affectées par la pollution plastique », déplore Pascal Hagmann, directeur exécutif d’Oceaneye et responsable du programme Micromégas.

« La pollution moyenne de l’ensemble des échantillons collectés par Fleur de Passion est de 26 g/km2 en micro-plastiques et de 195 g/km2 en méso-plastiques, soit une concentration moyenne totale de 221 g/km2 », détaille-t-il.

L’Asie du Sud-Est bat des records de pollution plastique

« L’Asie du Sud-Est bat tous les records avec une pollution moyenne de 551 g/km2 », poursuit  Pascal Hagmann, qui note toutefois que la très forte concentration de particules plastiques observée dans cette région du monde est liée à quelques échantillons particulièrement pollués.

« L’échantillon le plus pollué a été collecté au large de l’archipel de Palau (Micronésie) avec une pollution de 50’546 g/km2, détaille-t-il, même s’il faut néanmoins préciser que ce dernier chiffre, bien qu’impressionnant, n’est aucunement significatif d’une pollution moyenne dans cette région », traversée par l’expédition fin 2017-début 2018.

« La Grande Barrière de corail s’avère elle aussi fortement polluée avec une concentration moyenne mesurée à 855 g/km2. Ce chiffre est néanmoins à prendre avec précaution car le nombre d’échantillons collecté par l’expédition dans cette région d’avril à juin 2017 est limité et l’un d’entre eux s’est avéré particulièrement pollué », tempère Pascal Hagmann.

« Le gyre du Pacifique Sud, bien qu’à des milliers de kilomètres de toute activité humaine, s’avère lui aussi particulièrement pollué avec une concentration moyenne de plastique mesurée à 185 g/km2 », poursuit-il.

Une omniprésence due à plusieurs facteurs

Et d’expliquer: « Cette omniprésence de polluants plastiques s’explique par le transport et la dispersion des déchets flottants du fait des mouvements des eaux de surface. Il est maintenant démontré que 3 mécanismes participent à ce transport : 1) les courants marins (courants continus et réguliers); 2) le transport d’Ekman (courants dûs au cisaillement de la surface d’eau par le vent); 3) la dérive de Stokes (déplacement dû aux vagues). »

La Patagonie chilienne et la Polynésie sont en revanche des régions très faiblement touchées. En effet, ces régions sont éloignées des sources de pollution (régions à forte densité de population) et ne sont pas sous l’influence des zones d’accumulation de déchets.

« A titre comparatif, la concentration dans le gyre du Pacifique Sud ou la Grande Barrière de corail est proche du niveau de pollution observé en mer Méditerranée occidentale, région considérée par la communauté scientifique comme fortement polluée avec une moyenne de 187 g/km2 de méso et microplastique », conclut Hagmann.

La cartographie des échantillons analysés peut être consultée sur www.oceaneye.ch/cartographie/

The Ocean Mapping Expedition dévoile  de nouvelles données scientifiques sans précédent sur le rôle des océans dans le cycle du carbone, collectées entre Le Cap et Dakar, où elle est arrivée le 28 mars au terme de quatre semaines de remontée de l’Atlantique Sud.

Le programme Winds of Change de monitoring des gaz à effet de serre à la surface des océans, en partenariat avec l’Université de Genève, révèle des concentrations étonnamment basses de méthane et de dioxyde de carbone à la surface de l’Atlantique Sud après des observations similaires dans l’océan Indien et alors que les océans sont supposés en être des émetteurs.

« Les données collectées par The Ocean Mapping Expedition entre Le Cape et Dakar du 28 février au 28 mars 2019 révèlent des concentrations étonnement basses de méthane et de dioxyde de carbone à la surface de l’Atlantique Sud », explique le Prof Daniel McGinnis, chef du Groupe de Physique aquatique à la Faculté des Sciences de l’Université de Genève et responsable du programme The Winds of Change avec sa collègue le Dr Daphne Donis.

« Ces concentrations basses de CH4 et de CO2 pourraient refléter le fait que Fleur de Passion a navigué très au large des côtes d’Afrique australe et de sources terrestres de tels gaz », poursuit le chercheur. Bien que la région soit considérée comme un une source de dioxyde de carbone atmosphérique, nos basses concentrations à la surface de l’océan indiquent que l’Atlantique Sud pourrait être un réservoir inattendu de gaz à effet de serre. »

« Tout au long du transect du Cap à Dakar, les concentrations moyennes de dioxyde de carbone étaient au-dessous de 400 ppm avec un minimum enregistré à 392,6 ppm. De la même manière, les concentrations moyennes de méthane étaient inférieures à 1,78 ppm avec des minimum observés à 1,7. A titre de comparaison, les concentrations atmosphériques moyennes à l’échelle globale de dioxyde de carbone et de méthane sont respectivement d’environ 410 ppm et 1,85 ppm », explique le Prof McGinnis.

« Les analyses préliminaires de ces nouvelles données ne montrent même pas non plus les fluctuations diurnes des concentrations de CO2 liées à la croissance des algues », poursuit-il.

Pour le chercheur de l’Université de Genève, « les données sans précédent collectées par The Ocean Mapping Expedition soulignent combien il est urgent de pousser plus loin les observations de manière à mieux déterminer le processus dictant le rôle de réservoir ou d’émetteur de l’Atlantique Sud en ce qui concerne ces gaz à effet de serre, voire de tous les océans du globe. »

Des observations similaires au-dessus de l’océan indien en 2018

En juin 2018, au terme de sa traversée de l’océan Indien de Jakarta à Maputo, The Ocean Mapping Expedition avait en effet révélé pour la première fois que cet océan s’avérait un réservoir inattendu de méthane.

« Pour la première fois au monde, nous avons été en mesure d’observer et de quantifier les concentrations de méthane et de dioxyde de carbone à la surface des océans », rappelle le Prof McGinnis.

« Ces premières données sans précédent ont notamment montré que l’océan Indien continuait d’être un important réservoir de CO2 », ajoute-t-il.

« Plus surprenant, cependant, elle ont révélé que l’océan Indien pourrait s’avérer un réservoir inattendu de méthane atmosphérique. En règle générale, explique le chercheur suisse d’origine américaine, on considère que pratiquement tous les océans et les étendues d’eau douce terrestres sont des sources de méthane. Au-dessus de l’océan Indien, le méthane observé à la surface est en permanence 5-6% plus bas que les concentrations atmosphériques. Bien que des investigations plus approfondies soient nécessaires, il apparaît donc à première vue que l’océan Indien pourrait absorber le méthane de l’atmosphère. »

Dans le cadre du programme The Winds of Change, le voilier de 33 mètres Fleur de Passion - un ancien démineur de la Marine allemande construit en 1941 et converti depuis en ketch - est équipé d’un analyseur de gaz à effet de serre relié à une prise d’air située à 16 mètres au dessus de la surface de la mer sur le mât d’artimon (à l’arrière du bateau) et qui procède automatiquement à des analyses toutes les minutes.

L’urgence de réévaluer le cycle du carbone mondial

Le programme The Winds of Change a l’ambition d’apporter à la communauté scientifique des données de terrain inédites contribuant à une meilleure compréhension du rôle des océans dans la problématique du réchauffement climatique. Au vu de l’évolution préoccupante du climat et de l’acidification des océans qui en découle, il doit permettre de revoir de manière urgente les concepts en vigueur sur le cycle du carbone à l’échelle globale.

« Ces premiers résultats stimulants représentent un énorme pas en avant pour la problématique du réchauffement climatique dans son ensemble. Ils prouvent que notre approche est très efficace pour monitorer les gaz à effet de serre à la surface des océans », s’enthousiasme le scientifique.

« Le programme The Winds of Change offre l’opportunité d’accéder à des informations essentielles sur une très large échelle géographique pour compléter celles disponibles par satellites jusqu’à présent, à un moment où la communauté scientifique mondiale s’alarme précisément du manque de données sur cette question », ajoute-t-il.

Comme il l’explique, « Le changement climatique est l’un des plus grands défis auxquels notre époque fait face et sa compréhension constitue un enjeu majeur pour la communauté scientifique. Pour qu’on puisse espérer inverser la tendance efficacement, les scientifiques ont besoin de disposer d’une vision globale et précise des concentrations de gaz à effet de serre à la surface des océans et d’être en mesure de mieux comprendre leur rôle non seulement en tant que réservoirs de tels gaz, mais aussi en tant qu’émetteurs, de source d’émission. »

« Or les océans émettent plus de gaz a effet de serre que préalablement estimé, selon le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), insiste le Prof McGinnis. Il est donc urgent de réévaluer le rôle des océans dans le cycle du carbone mondial pour une meilleure compréhension des questions de réchauffement climatique. »

Lisez l’intégralité du communiqué de presse en français et anglais et, pour les média, téléchargez le matériel libre de droit sur: http://omexpedition.ch/index.php/fr/escale-a-dakar